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18e, Feature - Land/Sound/City/Scapes

Rue du Baigneur (18e) – A la recherche des Seapunkers parisiens…

Ce matin, je me lève en me demandant: quid du Seapunk à Paris? Ah oui, pardon. Pour ceux qui comme moi n’avaient jamais entendu parler du “genre” musical (du “mouvement,” du “groupuscule,” enfin on peut l’envisager de différentes façons) avant la semaine dernière, le Seapunk est un produit subculturel (au sens de subculture, tel que défini par la sociologie des cultures alternatives, hein, pas de jugement de ma part) dérivé de ce que les adeptes appellent aujourd’hui la “Tumblr-sphère” – entendez, de l’internet, et des mini-labos égocentrés, comme ce blog, qui y fleurissent un peu partout.

Je ne me hasarderai pas à une classification/délimitation du genre Seapunk: plein de gens bien s’y sont attelés, du spécialiste des niches musicales urbaines Cluster Mag au New York Times en passant par quelques analystes versés dans le digital marketing (c’est elle qui le dit). Mais essayons tout de même de comprendre comment s’exprime le Seapunker.

MIL3Y S3RIOVS – “Follow the Sun” (Il faut d’emblée préciser que la plupart des noms de musiciens, étant composés de sigles ésotériques, sont absolument impossibles à réécrire avec un clavier ordinaire; c’est rigolo mais aussi un peu relou.)

En gros: le Seapunk, c’est étasunien, c’est tout nouveau, ça aura sans doute disparu dans six mois,  mais en attendant ça fait passer l’ennui de ceux qui cherchaient une occasion de se teindre les cheveux en turquoise. Musicalement, c’est plutôt électro mais c’est complètement vague et assez indéfinissable: imaginez une centaine de genres musicaux décomposés et recomposés selon les envies, sans trop de cohérence, avec une quête commune de l’ambiance luminescente et d’un certain hédonisme, genre fluokids en mode bonne weed et cheveux sales (sans oublier la nostalgie des aquariums de leur enfance).

En fait, comme le voit bien la bloggeuse Luna Vega, le Seapunk est avant tout un univers esthétique: la musique ne sert finalement que de prétexte aux graphistes et stylistes qui déconnent depuis des mois à imaginer des blousons en cuir avec des barnacles, et dont les oeuvres (comme celle, omniprésente, de Kevin Heckart, à qui l’on doit l’image ci-dessous) jouent sur le kitsch vraiment appuyé, le numérique putassier, les symboles new-age, l’imaginaire de la surconsommation 90s, et bien évidemment la mer et l’océan.

Difficile de conclure sur ce que signifie au bout du compte cette obsession maritime: certains voient dans le phénomène Seapunk un retour de l’élément Naturel dans l’univers Virtuel. Mais alors avec l’hyper-artificialité du truc, j’ai du mal suivre cet argument.

Peut-être, derrière la surenchère d’ironie, et dans le flot déroutant des contradictions visuelles, la mer Seapunkaise est-elle le symbole, l’appropriation rassurante, d’un monde incertain dans lequel la jeunesse contemporaine se sent un peu, comment dire, en situation de noyade généralisée.

Sinon, on peut bien sûr s’arrêter à l’aspect mercantile de la chose, et y voir une énième version du brassage postmoderne-n’importe nawak qui donne à la mode, ou en tout cas à ses franges les moins établies, de quoi s’animer (et s’imposer, pour les jeunes créateurs inconnus) de temps en temps. Le NYTimes indique que Katy Perry, Nicki Minaj et Lady GaGa donnent déjà dans le bleu turquoise; un peu léger comme lien logique, mais il reste que c’est les marchands de lunettes fluos et d’attiral hawaïen vintage qui se font de la thune à Brooklyn ces temps-ci. Ou peut-être que tout ça n’est pas grand-chose d’autre qu’une “blague,” comme le voit le vénérable quotidien new-yorkais.

Image trouvée sur le blog de Luna Vega, apparemment issue de "Super Super Magazine"

Quoiqu’il en soit, c’est intéressant (et rassurant) de voir que les subcultures 2.0, celles de Twitter et Tumblr, donc, ont toujours besoin de s’incarner dans la vraie vie, dans le monde des vrais gens qui font danser d’autres vrais gens avec leur MacBook Pro dans les usines désaffectées de Bushwick; on attend ainsi, avec impatience, la première “Seapunk Alien Disco Indie Rave” à Paris au bord du Canal de la Villette.

En attendant, c’est Rue du Baigneur que ça se passe.

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Discussion

One thought on “Rue du Baigneur (18e) – A la recherche des Seapunkers parisiens…

  1. Incredible! This blog looks just like my old one!
    It’s on a completely different topic but it has pretty much the same page layout and
    design. Outstanding choice of colors!

    Posted by Beth | April 26, 2013, 5:21 pm

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